"Premier peuple chrétien du monde, les envahisseurs qui retraçaient les frontières au grès de leur ambition placèrent mon pays sous l'occupation turque."
"Derrière le calme trompeur des minarets qui invitaient à la prière, la vie de l'arménien fût jalonnée de pyramides de têtes coupées sur les sables brûlant du désert de Dterzor qui a vu l'agonie d'un peuple. Les hordes fanatiques tuèrent les corps. Mais il reste l'âme, il reste la mémoire, il reste un poète agenouillé qui écoute le vent, ce vent de Terzor qui de l'os de l'enfant avait fait une flûte et dans la paix de l'aurore sifflé un chant immortel."
"La grande maladie de l'exilé c'est la nostalgie de ce qu'il a perdu. Cela commence par des mots qui pleurent, qui grignotent le c½ur, qui le ramènent en arrière pour lui rappeler qui il était et ce qu'il est devenu. C'est un luxe d'artiste la nostalgie mais on a besoin des mots qui font vivre."
"Des tyrans paranoïaques, dans leur délire de panturquisme, rêvant d'un Empire ottoman à l'échelle asiatique, venaient d'abattre le premier obstacle sur le chemin de leurs fantasmes expansionnistes : l'Arménien. Cet Européen oriental, ce chrétien d'une Église apostolique, cet inaccessible à l'islamisation devait être exterminé pour laisser au conquérant barbare une Arménie... sans Arméniens. [...] A la fin de l'année 1915, l'essentiel du processus d'extermination des Arméniens était accompli : 1 500 000 morts."
Le ministre Turc Talaat concluait : « ... Quant à l'Arménien, le lieu où il a vécu ne le connaîtra plus et le Turc aura ses biens et sa demeure en héritage. » Le génocide, érigé en « Service d'État », fut exécuté selon un plan longuement prémédité, planifié, expérimenté par les massacres précédents. A partir d'une liste soigneusement préparée, les intellectuels - hommes de presse, médecins, avocats, artistes, écrivains - furent les premiers éliminés pour réduire au silence ceux qui auraient pu faire entendre leurs voix au monde extérieur.
Pour prévenir tout mouvement de résistance ou d'autodéfense, tous les hommes, de dix-huit à quarante ans, d'abord enrôlés dans l'armée turque, puis désarmés et isolés dans des camps de travail, furent fusillés par groupes de cent. Quand il ne resta plus que les femmes, les enfants et les vieillards, on décréta alors la déportation des populations, « pour cause de sécurité »,
Ils arrivaient par dizaines de milliers de Zeitoun, de Meskené. Ourfa, Deir-es-Zor... ces squelettes vivants, tombant au bord des routes, dépecés aussitôt par les chiens hurlants qui attendaient leur dernier soupir.
"Longtemps on m'appela l'arménien sans trop savoir où se trouvait cette terre sur laquelle, depuis plus de 2000 ans, mes ancêtres descendant du pays ourartou s'accrochèrent à leur patrimoine culturel malgré les massacres et les persécutions en espérant, chaque fois, que c'était la dernière fois."
"Achod Malakian"

